C’est dans un état fébrile, sous l’emprise d’une montée d’adrénaline extraordinaire, que je vais vous conter l’histoire de ce qui sera sans doute un des jeux-mythes de la décennie.
Nous l’attendions tous depuis fort longtemps, malgré le fait que nous connaissions les autres versions. Qu’en serait-il de l’adaptation d’Interplay sur Super Nintendo ? Bien sûr, il y avait peu de chances que celle-ci ne soit pas réussie, et l’idée qu’elle soit complètement bâclée ne nous a pas effleuré les neurones un instant. Another World est un jeu difficile à classer. Sa jouabilité nécessite beaucoup de réflexes et de dextérité, mais aussi quelquefois une bonne dose de réflexion Le jeu de Delphine Software est une innovation à lui seul. D’abord son scénario, dans lequel on reconnaîtra aisément l’empreinte rythmique des films comme Star Wars ou Indiana Jones. L’auteur ne cache d’ailleurs pas cette inspiration. L’histoire, complètement futuriste, est d’une originalité déconcertante face aux scénarios plats, fades et dénués d’intérêt que nous avons l’habitude de rencontrer sur les jeux d’action. Techniquement, on vous l’a dit et répété, Another World est en tous points une innovation. Au niveau des graphismes, le système des polygones lui confère une ambiance toute particulière. Pour ceux qui auraient osé se passer du numéro 2 de Super Power, et ainsi passer outre l’interview d’Eric Chahi, rappelons que cette technique des polygones consiste à définir des formules mathématiques géométriques et à leur affecter une couleur de remplissage. Plus soignés qu’une 3D vectorielle et bien plus économiques que le bitmap qui consiste à travailler chaque pixel de l’écran, les polygones représentent une économie de mémoire de l’ordre de 60 à 80 %, alors allouée à l’animation. Résultat, le jeu tient sur 1,2 méga Incroyable !
Concrètement, il est difficile de savoir ce qui motive le plus : le scénario ou le reste ? Vous incarnez rôle d’un jeune savant. Par une orageuse nuit d’été, vous arrivez à votre laboratoire en Ferrari. Après avoir passé les contrôles d’identification, vous pénétrez au sein même de votre domaine. Vous démarrez l’expérience d’accélération de particules, installé à votre bureau devant un PC à écran virtuel. Alors que les-dites particules commencent leur course folle dans le tunnel, l’orage éclate au dehors et un éclair s’abat sur le complexe scientifique. La foudre entre dans le tunnel et la réaction est immédiate. Une formidable explosion s’ensuit, créant un gouffre béant dans lequel vous êtes projeté… Vous êtes dans un autre monde.
Vous comprendrez dès le départ que vous êtes devant un monument ludique. Difficile alors de comprendre pourquoi et comment certains éditeurs se glorifient de réalisations telles Paperboy 2, alors qu’il est possible de créer Another World. Il surpasse sans complexes tout ce qui se fait, et tout ce qui a été fait. Certains programmeurs peuvent déjà rougir ou bien se reconvertir… La musique a été entièrement reprogrammée et réadaptée pour cette version. Même si les bruitages sont maintenant plus discrets, la bande sonore est aussi belle que le jeu, et quelle symbiose ! On ne pouvait mieux faire ! Le son de Another World n’est que le magique reflet du reste. Tout a été soigné, réfléchi, travaillé au plus haut point.
D’ailleurs, que de regrets éternels aurions-nous eus si la musique n’avait pas été à la hauteur de nos espérances et, bien sûr, de celles du jeu ! Dès le premier stage, vous sau rez vous rendre compte combien le déroulement est rempli de rebondissements, de cascades et de suspense et, bien sûr, tout cela sans que le moindre ralentissement ne fasse son apparition. Comme quoi, quand on veut… Les plus pessimistes diront que l’on est à la limite de la perfection. Au niveau de la réalisation, c’est de la qualité cinématographique. Dire que l’animation est fluide devient un pléonasme ! Les déplacements du personnage sont hyper-réalistes et les saccades bannies à jamais des écrans de votre Super Nintendo. Le personnage est capable de prouesses physiques incroyablement gérées pour éviter les tirs ennemis et souvent la notion de pixel entre en considération pour un déplacement délicat.
En ce qui concerne la maniabilité, il est vrai que la notion postcitée peut poser quelques problèmes. Il faut bien souvent se placer à un endroit incroyablement précis pour effectuer un saut sans s’empaler sur des stalagmites ou se faire dévorer par des créatures on ne peut plus « gores ». Dès lors, au cours du premier stage, dans lequel vous ferez connaissance avec cet univers ô combien dangereux, vous devrez écraser plusieurs vers. Dans l’hypothèse tout à fait aléatoire où vous ne seriez ni synchronisé, ni bien placé sur l’écran, leur morsure venimeuse vous enverrait immédiatement ad patres. C’est là où la maniabilité prend effectivement tout son sens et que le répondant des commandes de la manette est bienvenu. Nous ne vous ferons pas l’affront de vous raconter toute l’histoire. Gageons simplement que vous aurez autant de plaisir, autant de joie et de bonheur que nous à découvrir ce qui se cache dans ce monde jusqu’alors inconnu. Sachez toutefois que Lester Knight Chaykin, après s’être habilement débarrassé d’un monstre terrifiant, mesurera toute l’ampleur de la difficulté de son évasion. Dès le début du second stage, vous serez fait prisonnier par les autochtones. Là, dans votre cellule, vous rencontrez celui qui deviendra votre ami de toujours. Il vous aidera aux moments les plus cruciaux de votre aventure. L’arrivée de ce compère étant, bien sûr, à porter au crédit d’un scénario déjà fort hétéroclite. Une fois libéré, à vous les souterrains, les égoûts, les cavernes, les gouffres, les dédales de couloirs et les bases ennemies. Il vous faudra également faire face à toutes sortes de périlleuses situations, comme des hordes de gardes ennemis lancés à vos trousses, des monstres, des vers, des tentacules et tout le manque d’hospitalité des habitants de cet autre monde. Très tôt, vous découvrirez toute la démesure de l’endroit dans lequel vous êtes prisonnier. Certes, le jeu est difficile. Les ennemis sont nombreux et les pièges tout aussi fréquents, ce qui vous vaudra aussi bien des poussées de fièvre que des tortures digitales. Heureusement, les continus sont illimités et les codes, vous faciliteront grandement la tâche. N’oubliez pas cependant qu’il se peut que vous ayez pu progresser de plusieurs niveaux en ayant oublié quelque chose auparavant. C’est d’ailleurs ce qui crédite ie jeu au niveau aventure, hormis le scénario qui ne laisse, lui non plus, rien au hasard.
Vous savez maintenant qu’Another World est un mythe. Un culte, au même titre que Zelda 3, Actraiser ou autres monstres sacrés ludiques. Rien ne pouvait présager, meme en connaissant le jeu sur les autres formats, une adaptation aussi réussie et un rythme aussi soutenu grâce à une animation hors du commun. L’originalité du mode graphique et le scénario ne font que rehausser un intérêt incommensurable.
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